www.agir-thrombose.fr
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L’émergence des résistances aux antibiotiques

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L’utilisation massive et répétée d’antibiotiques, tant chez l’homme que chez l’animal, a profondément modifié l’écologie bactérienne. En exerçant une pression de sélection sur les bactéries, la surconsommation d’antibiotiques a favorisé le développement de souches résistantes aux antibiotiques. Si l’émergence de ces résistances a été au départ contrée par la mise au point de nouveaux antibiotiques, l’essoufflement de la recherche et la diminution du nombre de nouvelles molécules disponibles menacent aujourd’hui notre « capital antibiotique ». Ce phénomène de résistance aux antibiotiques est d’autant plus préoccupant qu’il concerne aujourd’hui l’ensemble des bactéries pathogènes.2

Résistance naturelle et résistance acquise

Certaines espèces bactériennes peuvent être « naturellement » résistantes à un antibiotique ou à une famille d’antibiotiques, c’est-à-dire de manière innée. Cette résistance naturelle (ou intrinsèque) concerne toutes les souches d’une même espèce bactérienne.
Mais il existe un autre type de résistance, plus préoccupant : c’est la résistance acquise, qui se caractérise par l’apparition subite d’une résistance à un ou plusieurs antibiotiques chez certaines bactéries qui étaient auparavant sensibles.2,3

Consulter le spectre d’activité antibactérienne d’un antibiotique

Les mécanismes de résistance acquise

Ces mécanismes de résistance acquise sont liés à des modifications au niveau de l’ADN (du chromosome) de la bactérie, par des mutations ou par des transferts de gènes résistants d’une bactérie résistante à une bactérie sensible, via un plasmide.

  • Des mutations peuvent survenir au niveau du chromosome de la bactérie, ce sont des événements ponctuels qui lui permettent de contourner l’effet délétère de l’antibiotique. Ce phénomène ne concerne qu’un antibiotique ou qu’une famille d’antibiotiques à la fois.
  • L’acquisition de gènes de résistance peut résulter du transfert de matériel génétique (plasmide) porteur d’un ou plusieurs gènes de résistance, venant d’une bactérie résistante. Il s’agit du mécanisme de résistance le plus répandu et le plus préoccupant, car il peut simultanément concerner plusieurs antibiotiques, voire plusieurs familles d’antibiotiques.

Une même souche bactérienne peut accumuler les mécanismes de résistances, suite au transfert de nombreux plasmides, on parle alors de multirésistance. Les bactéries multirésistantes (BMR) sont aujourd’hui très redoutées, car elles peuvent conduire à des impasses thérapeutiques.2,3

La surconsommation d’antibiotiques sélectionne les bactéries résistantes

Par un phénomène similaire à la « sélection naturelle des espèces » décrite par Darwin, la consommation massive d’antibiotiques exerce sur les bactéries une pression de sélection : en milieu exposé à l’antibiotique, les souches sensibles cèdent la place aux souches résistantes, qui prolifèrent.

Les bactéries résistantes les plus fréquentes :

Dans les établissements de santé, les bactéries résistantes les plus fréquemment rencontrées sont le Staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) et les entérobactéries, responsables d’infections nosocomiales graves. Elles font l’objet d’un programme de surveillance et de prévention depuis les années 1990.
En ville, la résistance aux antibiotiques s’observe également, notamment sur les pneumocoques (Streptococcus pneumoniae).3

Les bactéries multirésistantes :

L’émergence de bactéries multirésistantes en milieu de soins est particulièrement préoccupante. Ces préoccupations concernent les bactéries productrices de bêta-lactamase à spectre élargi (BLSE) et en particulier le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM) et les entérobactéries BLSE (EBLSE).4

Évaluer la sensibilité d’une espèce bactérienne aux antibiotiques

Vers une impasse thérapeutique…

Pendant de nombreuses années, les progrès thérapeutiques ont permis de disposer de nouvelles molécules permettant d’agir sur des bactéries ayant acquis une résistance à un autre antibiotique.2


Aujourd’hui, les nouvelles molécules antibiotiques sont rares et l’innovation thérapeutique dans ce domaine est très faible. Le nombre de substances disponibles a même diminué de 20% depuis les années 2000, résultant de l’arrêt de commercialisation ou du retrait du marché de plus de 31 molécules et la commercialisation de seulement 10 nouvelles substances (ou associations de substances).5

L’appauvrissement de l’offre contribue à confronter les professionnels de santé à des situations d’impasses thérapeutiques, ce qui rend la prise en charge de certaines maladies infectieuses difficile.

  1. Cavallo JD, et al. Bêtalactamines. EMC-Maladies Infectieuses 1 (2004) 129–202
  2. http://www.invs.sante.fr/Dossiers-thematiques/Maladies-infectieuses/Resistance-aux-anti-infectieux/Points-sur-les-connaissances - consulté le 10/04/2015
  3. Flandrois JP. Bactériologie Médicale. Coll Azay. Puf. 2000.
  4. Lolom I. La résistance bactérienne, un combat de tous les jours. Interbloc 2015 (1).
  5. L’évolution des consommations d’antibiotiques en France entre 2000 et 2013. Rapport ANSM. Novembre 2014.