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Pneumopathie post-oesophagectomie : que vaut le score UPS ?

Le diagnostic de pneumopathie post-œsophagectomie pour cancer peut désormais s’appuyer sur le score UPS (Uniform Pneumonia Score).

Rechercher une pneumopathie post-opératoire après œsophagectomie :
un enjeu essentiel !

L’œsophagectomie est un temps essentiel du traitement du cancer de l’œsophage ou de la jonction gastro-œsophagienne (CJE). Ce geste expose à une mortalité et une morbidité post-opératoires significatives. L’une des grandes complications est la pneumopathie post-opératoire (20 à 60%) qui met en jeu le pronostic vital (5 à 10%), tout en prolongeant le séjour en unités de soins intensifs et en milieu hospitalier.

Tout doit être fait pour la prévenir, mais comment ?

La recherche est rendue difficile du fait de l’absence de critères validés permettant son diagnostic avec un risque minimal d’erreur. Dans la littérature, il n’existe seize définitions de cette dernière, de sorte que son incidence varie de 2 % à 39 % selon les séries rapportées et les critères utilisés.

De plus, toute comparaison entre les institutions s’avère aléatoire et les incertitudes sur le pronostic réel sont problématiques.

D’où la volonté d’établir un score qui serait validé et accepté par la communauté internationale de pneumologues, tel l’UPS (Utrecht Pneumonia Score) : ce score prend en compte la température corporelle, la leucocytose et les données radiographiques (existence ou non d’un infiltrat diffus ou circonscrit). Une valeur ≥ 2 est en faveur du diagnostic, si au moins un point est dû à l’infiltrat constaté sur la radiographie.

Ce score UPS a bénéficié d’une validation interne et externe, uniquement à l’échelon des Pays-Bas.

L’objectif de cette étude de cohorte observationnelle prospective, était de définir les déterminants du diagnostic influant sur la décision de traiter et développer un nouveau score définissant la pneumonie post-œsophagectomie chez des patients non ventilés.

Le critère principal a été défini comme la décision de traiter une suspicion de pneumonie. Cette décision a été comparée à l'utilisation d'antibiotiques dans les dossiers médicaux.

Résultats

Entre 2003 et 2011, 206 patients consécutifs ont bénéficié d’une œsophagectomie.

Les données de température, numérations leucocytaires, radiographies pulmonaires et les cultures d'expectorations ont été récupérés chez 185 patients.

Une pneumonie a été traitée chez 70 des 185 patients (37,8%).

  • En Unité de soins intensifs (USI) : 9 patients (4,9 %)
  • En service de chirurgie : 67 patients (36,2%)

Le délai médian entre la sortie d’USI et le début du traitement était de 4 jours (de 0 à 21 j). La durée médiane de séjour à l’hôpital était de 21 jours (de 10 à 105).

Les patients traités pour une pneumonie avaient une durée d'hospitalisation médiane de 22 jours (10 à 182), contre 15 jours (3 à 98) pour les patients non traités pour pneumonie.

D’après l'analyse de régression multivariée des déterminants indépendants de traitement de la pneumonie étaient la température (hazard ration (HR) = 1,283 ; p = 0,073), le nombre de leucocytes (HR = 1,040, p =0,078) et la radiographie pulmonaire (HR> 11,0, p =0,000).

La culture de l’expectoration n'a pas influencé la décision de traitement.

Ces résultats ont été utilisés pour développer un score incluant la température, le nombre de leucocytes et la radiographie pulmonaire.

Conclusion

La décision de traiter une pneumonie repose sur la température, le nombre de leucocytes et la radiographie pulmonaire. Le système de notation clinique proposé pour la pneumonie après une œsophagectomie dans le service hospitalier pourrait aider la pratique clinique et améliorer la comparabilité des recherches futures en chirurgie du cancer de l'œsophage.

Le score UPS, un outil performant pour diagnostiquer une pneumopathie après chirurgie pour cancer de l’œsophage.

Il convient désormais d’ajouter à cette expérience celle d’un centre spécialisé Nord-Américain à l’origine d’une cohorte prospective dans laquelle ont été inclus 193 patients, entre 2010 et 2015. Une oesophagectomie avait été réalisée chez 21 participants (10,9 %), et une antibiothérapie instaurée en raison d’une pneumopathie post-opératoire

Le score UPS a prédit cette éventualité avec des performances diagnostiques honorables :

  • Sensibilité: 85,7 %, (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 63,7 %-96,7 %) ;
  • Spécificité: 97,1 %, (IC : 93,4 %-99,1 %);
  • Valeur prédictive positive: 78,3 % (IC : 59,9 %-89,7 %) ;
  • Valeur prédictive négative : 98,2 % (IC : 95,1 %-99,4 %).

 

Globalement, l’exactitude diagnostique a été estimée à 95,9 % (IC : 92,0 %-98,2 %).

Le score UPS apparaît performant pour le diagnostic de pneumopathie post-opératoire, complication de la chirurgie oncologique oesophagienne. Cette étude, menée aux États-Unis, contribue à la validation internationale de ce score, une condition nécessaire à la diffusion de son usage à grande échelle.

Ce score standardisé devrait permettre de comparer plus rigoureusement les chiffres fournis par les diverses institutions, les essais cliniques et les audits nationaux.

Dr. Philippe Tellier

Seesing MFJ et coll. Defining pneumonia after esophagectomy for cancer: validation of the Uniform Pneumonia Score in a high volume center in North America. Dis Esophagus 2018 Jun 1;31(6). doi: 10.1093/dote/doy002.

7000022147-11/2018