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Maladie de Lyme : intérêt d’une approche multidisciplinaire

Les formes chroniques de la maladie de Lyme (ML) sont difficiles à diagnostiquer et à traiter. L’intérêt d’une approche pluridisciplinaire au sein d’une unité spécialisée a été évalué au CHU de Nancy.

La ML est une borréliose qui fait l’objet de nombreux débats et controverses. En 2016, le ministère de la Santé a lancé un plan national dans le but d’en améliorer la prise en charge.

Son incidence est estimée à 84 cas pour 100 000 habitants, en prenant en compte toutes les formes cliniques, du tableau inaugural aux manifestations chroniques ou subaiguës, incluant l’érythème migrant.

Les disparités régionales sont considérables, avec un pic d’incidence de 300 cas /100 000 habitants dans l’Est de la France.

 

Formes chroniques de borréliose de Lyme : des difficultés de diagnostic réelles

Dans les formes chroniques, le polymorphisme clinique est au premier plan avec des manifestations parfois subjectives.

C’est à ce stade que le sérodiagnostic est le plus performant, avec une fiabilité de la méthode Elisa proche de 100 %, mais qui manque de spécificité dans les formes progressives ou quand une antibiothérapie a déjà été prescrite, de sorte que le risque d’erreurs apparaît élevé avec un risque d’antibiothérapies multiples et inutiles ou, un retard diagnostic pouvant peser sur le pronostic.

Une enquête menée en Lorraine en 2016 a révélé que pour 98 % des médecins généralistes les difficultés diagnostiques étaient propres aux formes tardives.

Les tableaux inauguraux associant un érythème migrant à une morsure de tique posant moins de problèmes.

Près de neuf médecins sur dix (87 %) hésitaient à traiter face à des symptômes persistants plus ou moins évocateurs, mais qui n’emportait pas leur conviction.

 

Suspicion de maladie de Lyme : une structure dédiée

C’est face à cette situation que le centre hospitalo-universitaire de Nancy, avec le soutien de l’Agence régionale de santé de l’Est, a mis en place une structure dédiée et désignée par l’acronyme AMDPL (approche multidisciplinaire et coordonnée de la prise en charge des patients «suspects» de ML) :

Pour ce faire, diverses spécialistes (infectiologues, microbiologistes, internistes, rhumatologues, neurologues, dermatologues, psychiatres et psychologues) ont été sollicités pour en assurer son fonctionnement et optimiser la prise en charge diagnostic et thérapeutique.

L’objectif de cet article est de décrire les caractéristiques des patients pris en charge par l’AMDPL après un an d’activité (novembre 2016 à octobre 2017).

La première étape de la prise en charge consistait en une consultation auprès d’un infectiologue, au terme de laquelle le diagnostic a pu être confirmé et suivi du traitement adéquat. Souvent, un autre diagnostic a été suggéré et assorti du traitement ad hoc.

Parfois des investigations ont été demandées en faisant appel aux autres spécialistes.

 

Résultats:

468 patients ont été inclus, dont 85% adressé par leur médecin traitant.
Dans 15% des cas (69/468) la ML a été confirmée, dans 49% un autre diagnostic a été proposé et dans 26% (122/468) le diagnostic de ML a été exclu sans autre diagnostic.

Des lésions cutanées compatibles avec la ML ont été rapportées dans 41% des cas (139/339). 52% des patients avaient une sérologie positive pour les IgG, 13% pour les IgM et 31% avaient une sérologie globale négative.

Les principaux symptômes étaient : arthralgie (75%), asthénie (65%) et myalgie (60%). 85% des patients (373/440) avaient reçu au moins un traitement actif contre la ML (amoxicilline (39,5%); doxycycline (32,3%), ceftriaxone (25,6%).

 

Conclusion :

Cette expérience est unique puisqu’elle émane du premier centre français spécialisé dans la prise en charge de la ML. Cette approche devrait permettre d’améliorer nos connaissances sur cette infection, notamment sur ces formes subaiguës chroniques.

Dr Philippe Tellier

Jacquet C et coll. Multidisciplinary management of patients presenting with Lyme disease suspicion. Med Mal Infect 2018. Publication avancée en ligne le 3 septembre. doi: 10.1016/j.medmal.2018.06.002


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