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La leptospirose importée aux Pays-Bas entre 2009 et 2016

La leptospirose est une zoonose bactérienne provoquée par un germe du genre leptospira. Elle est émise dans l'environnement via les urines d’animaux infectés et peut survivre durant des mois dans les eaux douces.

 

Comment la leptospirose est-elle transmise ?

Les modalités de la transmission sont plus complexes qu’il n’y paraît, puisque l’exposition à l’eau contaminée peut se faire au gré des inondations, des pluies ou de certaines activités aquatiques, les points communs étant l’humidité et la chaleur, nécessaires à la survie de Leptospira. D’autres facteurs de risque peuvent intervenir, telles les plaies ou les blessures ouvertes, le contact avec des animaux infectés, le jardinage ou la marche pieds nus.

La leptospirose connaît des flambées épidémiques. À l’échelon mondial, on dénombre chaque année un million de cas sévères à l’origine de 60 000 décès, chiffres probablement sous-estimés du fait de l’absence de spécificité des symptômes, et de techniques diagnostiques difficiles à mettre en œuvre ou à exploiter.


Une zoonose dont le diagnostic est difficile :

Dans sa forme classique, ictéro-hémorragique (maladie de Weil), la leptospirose se traduit par un ictère, une insuffisance rénale aiguë et un syndrome hémorragique. Le tableau est celui d’une affection aiguë fébrile pouvant passer pour un paludisme, une infection virale, une rickettsiose ou une fièvre typhoïde.

Le traitement doit être précoce afin d’éviter les complications. Le diagnostic repose sur des tests de référence : le MAT (Microscopic Agglutination Test), pratiqué dans des laboratoires très spécialisés, mais qui ne permet pas de diagnostic précoce, tout comme le test IgM ELISA (Immunoglobulin M Enzyme-Linked Immunosorbent Assay) qui lui est préféré, mais, là encore, les installations doivent suivre. La détection de l’ADN ou de l’ARN par PCR (Polymerase chain reaction) à l’avantage d’être positive dans la semaine qui suit le début de l’infection. Il faut noter que les performances diagnostiques de ces tests varient d’un laboratoire à l’autre.

 

Quelle est la place des cas de leptospirose importés ?

Les facteurs de risque indépendants associés à la leptospirose sont les voyages internationaux dans des zones d’endémie et les activités à haut risque : exposition à l’eau contaminée. Le nombre de leptospirose associés aux voyages augmente dans des proportions significatives, ce qui devrait conduire à une prophylaxie individuelle dans les zones endémiques quand les activités pratiquées entrent dans la catégorie à haut risque.

 

Augmentation des leptospiroses importées

Aux Pays-Bas, entre 1924 et 2008, les cas de leptospirose importés ont augmenté progressivement. Entre 2005 et 2008, 53 % des leptospiroses étaient importés, dont 80 % étaient en lien avec des activités aquatiques. En 2014, la prévalence a été multipliée par 4, vs 1,6 les années précédentes.

 

Tendances épidémiologiques, démographiques et cliniques

C’est à cette question que tente de répondre cet article : il s’agit d’une étude transversale réalisée aux Pays-Bas, entre 2009 et 2016, à partir d’une base de données de l’Academic Medical Center de l’université d’Amsterdam. Les caractéristiques cliniques de la maladie sont détaillées à partir de quatre observations médicales représentatives et extraites de la base de données du Dutch Leptospirosis Reference Center (DLR).

Durant cette période, 428 cas de leptospirose ont été confirmés, en augmentation notable depuis 2014. Parmi ces cas, 224 étaient liés à un voyage récent à l’étranger, ce chiffre étant plutôt stable. La plupart des patients étaient de sexe masculin (78,1 %) et le voyage avait été effectué en Asie du Sud-Est (62,1 %), avec un âge médian de 27,8 ans. 53,7 % des cas provenaient ont été hospitalisés, mais l’évolution a été relativement bénigne, aucun décès n’étant à déplorer. Le diagnostic et le traitement ont été plus tardifs chez les patients hospitalisés, par rapport aux patients non hospitalisés.

La plupart des patients étaient diagnostiqués par des méthodes sérologiques (ELISA MAT ou IgM, n= 25; 61,0%). Compte tenu de l’apparition « tardive» des anticorps, le diagnostic n'a été posé qu’en phase de convalescence, avec une durée médiane de la maladie de 12 jours (de 6 à 41 jours). La PCR a fourni le diagnostic pour 16 patients (39,0%), tous du premier échantillon soumis. En bref, aux Pays-Bas, il apparaît que le diagnostic de leptospirose chez les voyageurs de retour d’une zone endémique est de plus en plus fréquemment posé, notamment depuis 2014.

Cette constatation incite à évoquer cette zoonose devant toute affection fébrile non étiquetée, survenant dans ces conditions, en sachant que la précocité du diagnostic influe sur le pronostic et les complications.

 

Dr. Philippe Tellier

De Vries SG et coll. Travel-related leptospirosis in the Netherlands 2009-2016: An epidemiological report and case series. Travel Med Infect Dis 2018 ; 24 : 44-50.

7000022193-11/2018