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Infections néonatales précoces et antibiotiques

Beaucoup trop de nouveau-nés à terme reçoivent des antibiotiques sans être réellement infectés

Le taux des infections néonatales varie beaucoup d’une région à l’autre ; celui des infections précoces, durant la première semaine de vie, chez les enfants à terme, est de 0,5 à 1,2/1 000 naissances vivantes. Les symptômes ne sont pas spécifiques et la suspicion d’infection conduit beaucoup de nouveau-nés à être hospitalisés et à recevoir une antibiothérapie à large spectre. Cette attitude ne va pas sans effets secondaires en particulier sur la flore intestinale et la sélection de germes résistants.

Une enquête prospective norvégienne sur 3 ans (2009-2011) a porté sur la quasi-totalité des nouveau-nés nés à ≥ 37 semaines, grâce à un réseau couvrant 20 des 21 unités néonatales du pays. L’histoire clinique des enfants était connue mais pas les antécédents de fièvre maternelle et de chorio-amniotite. Parmi les 168 877 enfants nés à terme vivants pendant les 3 ans, 10 175 (6 %) ont été hospitalisés durant la première semaine de vie et ont fait l’objet de l’étude. Seuls les enfants qui avaient reçu des antibiotiques au moins 5 jours ont été retenus comme infectés ou suspects d’infection à l’exception de ceux avec des hémocultures positives pour des saprophytes.

Seulement 91 cas confirmés

Au total, il y a eu 91 cas d’infections néonatales précoces confirmées par l’hémoculture, soit 0,54/1 000 enfants nés à terme et 1 447 cas (8,57 ‰) classés infection à hémoculture négative. Les bactéries Gram+ étaient en cause 83 fois sur 91 (91 %) dont 53 fois le streptocoque B (58 %, 0,31 ‰ naissances), 12 fois d’autres streptocoques (13 %), 11 fois des staphylocoques dorés (12 %), 5 fois des entérocoques (6 %). Les bactéries Gram- étaient présentes 8 fois (9 %) dont des colibacilles dans 5 cas. Des antibiotiques IV ont été administrés à 3 964 enfants sur 10 175 hospitalisés (39 %) et 2,3 % des nouveau-nés en Norvège. Parmi eux, 2 128 (53,7 %) n’ont jamais eu de diagnostic d’infection et ont été traités de 3 à 5 jours. La durée médiane de ce traitement a été de 8 jours (7 à 10) en cas d’hémoculture positive et de 6 jours (5 à 7) dans les autres cas. Un seul décès a été attribuable à une infection à streptocoque B.

Dans cette série, l’incidence des infections confirmées des nouveau-nés à terme était conforme aux données publiées. Une grande proportion d’enfants sans infection a été traitée à tort. Des critères rigoureux sont indispensables.


Pr Jean-Jacques Baudon

Fjalstad JW et coll. : Early-onset sepsis and antibiotic exposure in term infants. A nation-wide population-based study in Norway. Pediatr Infect Dis J., 2016; 35: 1-6

© jim.fr


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