Taille des textes

Gonorrhées résistantes aux antibiotiques : quels facteurs de risque ?

La résistance de Neisseria gonorrhoeae aux antibiotiques est un phénomène de plus en plus fréquent. Les facteurs favorisants ne semblent pas être les mêmes que ceux des gonorrhées.

La résistance de N. gonorrhoeae aux antibiotiques apparaît au 21ème siècle comme un véritable défi en termes de santé publique.

Selon l’OMS, en 2012, plus de 78 millions de gonorrhées ont été enregistrées dans le monde, dont 90 % dans des pays à revenu faible ou moyen.

Dans les pays à haut revenu (Royaume-Uni, États-Unis et Australie), N. gonorrhoeae vient en seconde position parmi les germes impliqués dans les infections sexuellement transmissibles (IST).

 

Neisseria gonorrhoeae : un germe à haut potentiel de résistance

Les gonorrhées partagent certains facteurs de risque avec les autres IST bactériennes :

  • nombre de partenaires sexuels,
  • population homosexuelle masculine,
  • jeune âge,
  • faible niveau socio-économique,
  • appartenance à une minorité ethnique (pays à haut revenu).

Les complications de ces infections sont majorées lorsque les germes sont résistants aux antibiotiques.

Cela vaut pour l’atteinte génitale, le risque d’infection par le VIH, l’impact sur la fertilité ou sur la grossesse (orchi-épididymite, grossesse extra-utérine, infertilité tubaire, prématurité….).

N. Gonorrhoeae est une bactérie souvent résistante aux antibiotiques.

L’époque où la pénicilline triomphait des gonorrhées est révolue : dès 1976, les premiers cas de résistance ont été rapportés en Asie du Sud-Est et en Afrique de l’Ouest, nécessitant des posologies de plus en plus élevées.

Il en fut de même pour les fluoroquinolones, dont les résistances se sont répandues durant les années 2000 ainsi que pour les céphalosporines de 3ème génération (C3G).

Aujourd’hui, l'OMS recommande une bithérapie associant C3G et macrolide, l'objectif étant un taux de guérison supérieur à 95%.

Des échecs du traitement et des niveaux de résistance élevés à ce schéma sont signalés depuis 2016.

Aucune classe n’est épargnée : des résistances à d'autres antibiotiques qui n’étaient pas recommandés et utilisés (tétracyclines, aminosides, macrolides) sont également apparue.

 

Infections à gonocoques et antibiorésistance : des facteurs de risque propres.

Ces derniers compliquent le traitement tout autant que le contrôle et la prévention des IST. La compréhension des facteurs associés à ces infections permettrait d’identifier les groupes à risque d'infections résistantes et faciliterait la gestion des traitements.

Dans cette revue, les auteurs décrivent les résultats d'études ayant examiné les associations entre facteurs épidémiologiques, comportementaux et cliniques d’une part et infections à gonocoques résistants.

Ils ont effectué une revue des 24 études publiées entre 1989 et 2017.

Il est à noter que les données proviennent essentiellement de pays où l'incidence de la gonorrhée n'est pas la plus élevée (19 publications européennes Nord-Américaines pour 20 % des cas à travers le monde).

De fait, les infections à N. gonorrhoeae résistantes sont plus fréquentes chez les sujets âgés que chez les sujets jeunes.

Il en est de même pour les homosexuels masculins par rapport aux hommes et aux femmes hétérosexuels.

Le contraire a été observé dans certaines minorités noires et aussi dans certains groupes ethniques, tels les Aborigènes, par comparaison avec la population en majorité blanche des pays à haut revenu.

 

Conclusion :

Il semble donc que les facteurs de risque favorisant les gonorrhées soient différents de ceux associés à la survenue de souches de N. gonorrhoeae résistantes aux antibiotiques.

Dr Philippe Tellier

Abraha M et al. Epidemiological, behavioural, and clinical factors associated with antimicrobialresistant gonorrhoea: a review. F1000Res. 2018 (27 mars) ; 7 : 400. doi:10.12688/f1000research.13600.1.


Pour rester informé(e) de la parution des nouveaux articles : inscrivez vous !