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Gangrène de Fournier : émergence des bactéries multirésistantes

CONTEXTE :

La gangrène de Fournier est une infection peu commune, mais souvent dévastatrice. Rares sont les données actuelles concernant ses facteurs de risque et ses caractéristiques microbiologiques, notamment l’émergence éventuelle des bactéries multi-résistantes (BMR) impliquées dans la survenue de cette maladie infectieuse potentiellement létale.

METHODES :

L’étude rétrospective de L Chia et coll, réalisée au sein d’un grand hôpital universitaire à San Diego aux Etats-Unis, a permis de préciser ces notions au travers des cas identifiés entre 2006 et 2015, en recourant à deux approches : (1) les codes de la Classification internationale des maladies (CIM) (CIM-9: 608.83, V13.89 ; CIM-10: N49.3, Z87.438) ; (2) une revue et une analyse des informations médicales disponible dans le dossier médical, radiographiques et anatomopathologiques dans le but de confirmer le diagnostic au cas par cas. Les données recueillies ont été d’ordre sociodémographique, médical et microbiologique, l’objectif étant aussi d’étudier les bactéries pathogènes et leur éventuelle résistance aux antibiotiques, tout en précisant les traitements et le pronostic. Des tests statistiques descriptifs et univariés ont été utilisés pour traiter ces données.

RESULTATS :

Au total, 59 cas ont été identifiés et évalués, ce qui représente une fréquence de 31,8 cas pour 100 000 admissions, une valeur qui est restée stable tout au long de la période de l’étude. L’âge moyen des patients était de 56 ans (extrêmes : 18-91 ans) dont 71 % de sexe masculin et 44 % d’origine caucasienne. Les facteurs de risque suivants ont été identifiés : (1) surcharge pondérale/obésité (61 %) ; (2) diabète (44 %) (avec une HbA1c moyenne de 9,6 %) ; (3) immunodéficience 34 %) ; (4) usage de drogues illicites (20 %). Le germe causal a été identifié dans tous les cas, à deux exceptions près. Chez 12 patients (21 %), il s’agissait d’un BMR avec un Staphyloccus aureus résistant à la méticilline (SARM) étant le plus souvent trouvé (n=8 ; 14 % des cas), suivi par E. coli des bêta-lactamases à spectre élargi (BLSE) (n=3) et Acinetobacter (n=1). Un SARM a été le seul germe pathogène isolé chez 5 patients (63 %) parmi les 8 cas où ce dernier était impliqué. Parmi les bacilles aérobies à Gram négatif isolés, 32 % étaient résistants aux fluoroquinolones. Globalement 30 % des cas avaient un mauvais pronostic (15 % de décès et 15 % d’amputations d’un organe ou d’une partie du corps). Ceux avec un BMR étaient plus susceptibles d’avoir un mauvais pronostic (soit 42 % versus 28 % en l’absence de BMR), encore que la différence intergroupe ne soit pas statistiquement significative (p=0,48). Il faut aussi noter que dans la plupart des cas (83 %), les infections par un BMR, ont été initialement traitées par un antibiotique auquel le germe était sensible.

CONCLUSIONS :

En bref, cette étude met en exergue l’émergence des BMR dans la gangrène de Fournier. Ces germes sont mis en évidences plus d’une fois sur cinq, au point d’être désormais considérés comme une cause importante. Les SARM et les bacilles à Gram négatif multirésistants sont les BMR les plus souvent identifiés. Les antibiotiques utilisés en première intention face à cette gangrène devraient posséder un large spectre et faire preuve d’une certaine efficacité contre les BMR, compte tenu de la lourde morbi-mortalité imputable à ces infections.


Dr Philippe Tellier

Chia L et coll. Emergence of multi-drug resistant organisms (MDROs) causing Fournier's gangrene. J Infect 2017 (26 septembre).
pii: S0163-4453(17)30307-9. doi: 10.1016/j.jinf.2017.09.015.
Publication avancée en ligne.

7000019175-05/18

© jim.fr


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