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Colonisation nasale par Streptococcus pneumoniae et Staphylococcus aureus au cours de la grippe.

L’objectif de cette étude rétrospective est d’identifier le rapport entre la colonisation nasale par Streptococcus pneumoniae & Staphylococcus aureus et la grippe.

La pneumopathie bactérienne est une complication avérée des infections grippales. Elle concerne 2,5 % des cas de grippe chez les plus de 65 ans et serait à l’origine d’un quart des admissions dans les unités de soins intensifs (USI). Les germes les plus souvent en cause sont S. pneumoniae et S. aureus.

Quel est le rôle de la colonisation nasale par ces pathogènes ?

Les facteurs de risque de développer une pneumonie bactérienne post-grippale ne sont pas bien décrits, bien que le rôle de la colonisation nasale ait été exploré.

Il s’agit d’une étude rétrospective de type cas-témoins, réalisée à Toronto entre 2012 et 2013. Le but de l’étude était de comparer les données cliniques de patients hospitalisés pour une grippe confirmée en laboratoire et colonisés ou non par S. pneumoniae ou S. aureus.

L’analyse principale a comparé les patients colonisés par S. aureus ou par S. pneumoniae à ceux sans colonisation bactérienne.

148 patients ont été inclus. Les échantillons nasopharyngés positifs pour la grippe ont été obtenus via un réseau de surveillance des infections invasives (Toronto Invasive Bacterial Diseases - 11 institutions).

Les patients étaient tous hospitalisés, en USI (n=72), ou en service de médecine (n=76). Le diagnostic de grippe a été confirmé par la présence du virus influenzae type A dans les prélèvements nasopharyngés : pH1N1 (n=16), H3N3 (n=123) et indéterminé (n=9). La colonisation nasale par S. pneumoniae et S. aureus a été confirmée par amplification génique

La présence du pneumocoque dans le nez semble être un signe de gravité :

Trois groupes ont été constitués rétrospectivement en fonction de la colonisation nasale par staphylocoque doré (n=35) ou pneumocoque (n=21), ou sans germes retrouvés (n=101).
S. aureus a été détecté chez 18 (25 %) des 72 patients admis en USI versus 17 (22 %) des 76 patients admis en médecine (NS).

Quelles sont les différences entre les trois groupes en fonction du statut microbiologique ?

Sur le plan démographique, les patients du groupe S. pneumoniae étaient plus jeunes (p=0,02) et leur IMC était plus bas (p=0,01). La fréquence des admissions en USI et le recours à la ventilation assistée a été plus élevés, sans que cela ne soit significatif (respectivement p=0,08 et p=0,06).

La saturation en oxygène était plus basse, sans significativité (p=0,17).
Enfin la prévalence d’une hépatite chronique était plus élevée que dans le groupe témoin (p=0,01).

La colonisation par S. aureus n’était associée ni à des signes de gravité, ni à un pronostic défavorable.
Dans le groupe de patients hospitalisés en USI, la colonisation nasale par le pneumocoque a atteint 21 % versus 8 % dans le groupe témoin.

Que retenir de cette étude ?

La colonisation nasale par S. pneumoniae chez les patients hospitalisés pour grippe semble être un signe de gravité.

Sa signification pronostique mérite d’être confirmée et précisée afin de déterminer la valeur du dépistage S. pneumoniae pour guider la prise en charge de la maladie et fournir des arguments supplémentaires en faveur de la vaccination anti-pneumococcique chez les sujets à risque.

Dr. Philippe Tellier

Campigotto A et coll. Nasal colonization with Streptococcus pneumoniae and Staphylococcus aureus among hospitalized patients with laboratory-confirmed influenza. Diagn Microbiol Infect Dis. Publication avancée en ligne (5 juin) . doi: 10.1016/j.diagmicrobio.2018.05.007.

7000022146-11/2018